Quand l’appel des anches répond à l’appel des anges.

L’installation ou la restauration d’un orgue à tuyaux dans une église est habituellement précédée par le rituel de bénédiction de l’instrument avant son usage liturgique et un concert inaugural.

Selon la tradition, l’orgue ne peut jouer à la messe avant que l’Évêque ou le Ministre du Culte de l’édifice concerné ne l’ait béni. Après la prière de bénédiction, l’Évêque demande à l’orgue de s’éveiller en l’invoquant par huit fois, des invocations auxquelles répondra l’orgue. Alors seulement l’orgue pourra accomplir son rôle d’instrument liturgique.

La bénédiction d’un orgue, est prévue dans le Livre des bénédictions. Elle nous révèle le rôle et le sens de cet instrument dans la liturgie de l’Église, déjà souligné dans l’article 12 de la Constitution sur la Sainte Liturgie Concile de Vatican II : “On estimera hautement, dans l’Église latine, l’orgue à tuyaux, comme l’instrument traditionnel dont le son peut ajouter un éclat admirable aux cérémonies de l’Église et élever puissamment les âmes vers Dieu et le ciel.”  Tel fut le cas le 7 décembre 2O24 lors de la bénédiction de l’orgue de Notre Dame de Paris suite à l’incendie de la cathédrale. L’apparition du rituel de bénédiction d’un orgue dans le Livre des bénédictions de l’Église catholique est relativement récente. Cette litanie n’a en réalité que quelques décennies d’existence. Elle fut introduite par le père Claude Duchesneau (1936-2003) pour le Livre des bénédictions de l’Eglise catholique. Avant le Concile Vatican II, les orgues étaient bien bénis mais la forme de la cérémonie n’était pas institutionnalisée et les références au sacré, s’adaptait au public et aux circonstances. Par exemple, lors de la bénédiction de l’orgue d’Albi, le 6 novembre 1885, l’évêque rappelle l’importance de l’orgue dans l’Eglise Catholique. « Parmi les harmonies qui montent du temps à l’éternité, celles de l’orgue occupent la première place parce qu’elles remuent l’âme le plus profondément. L’orgue n’est pas seulement une harmonie, c’est l’harmonie organisée, toutes les voix de la nature retentissent dans sa voix : la voix des cieux, la voix de la terre, la voix de la tempête, des vents et des flots. Quand l’orgue chante, c’est la Création tout entière qui chante. »

Au cœur du rituel de bénédiction de l’orgue se trouve de nos jours un dialogue entre l’officiant, l’organiste et l’instrument. À huit reprises, le président de l’assemblée invite l’orgue à faire entendre sa voix : « Éveille-toi, orgue, instrument sacré ! » C’est le seul cas, dans tous les rituels de bénédiction, où le Ministre du culte s’adresse à l’objet à bénir comme à une personne. À chacune de ces invocations, l’organiste répond par une improvisation qui met progressivement en valeur les richesses de l’instrument, comme s’il en éveillait peu à peu toute la palette sonore de l’instrument. Au premier appel, il fait entendre les jeux les plus doux, les bourdons, les flûtes à cheminée, préférablement dans le grave.

Puis, de nouveaux jeux sont introduits successivement dans un crescendo souligné par une accélération du tempo de l’orgue, Prestant’4, doublette 2’, Tierce… Au dernier appel, le tutti se déploie dans une jubilation de couleurs et de mouvement. L’orgue exprime alors toute sa puissance et sa palette sonore, l’appel des anches répond à l’appel des anges !